Débuts ruraux


Dès le ixe siècle, Molenbeek abrite une église dédiée à Saint Jean-Baptiste. Les limites paroissiales de l'église Saint-Jean sont beaucoup plus étendues qu'aujourd'hui, s'étendant jusqu'à la Senne, et à partir de la fin du xiie siècle, comprennent une chapelle dédiée à Sainte Catherine. Cette chapelle est séparée du reste de la paroisse à la suite de la construction des murs de la Ville de Bruxelles et devient progressivement l'actuelle église Sainte-Catherine dans le centre de Bruxelles. La première mention documentée de Molenbeek date du 9 avril 1174 dans une bulle pontificale du pape Alexandre III répertoriant les biens du chapitre de la collégiale Saints-Michel-et-Gudule (aujourd'hui cathédrale) à Bruxelles, qui comprenait l'église Saint-Jean, ainsi que d'autres biens. Le béguinage de Bruxelles, fondé avant 1247 hors des murs de la ville, dépend à cette époque également de Molenbeek.

Au début du Moyen Âge, le village rural fournit Bruxelles en produits agricoles. Il est pendant des siècles un lieu de pèlerinage dû à la présence d'une source de sainte Gertrude de Nivelles, la mythique fondatrice de l'abbaye de Nivelles, considérée comme miraculeuse4. Selon la légende, elle a visité Molenbeek, offrant le terrain sur lequel la première église du village a été construite, et aurait fait jaillir cette source sacrée en enfonçant sa crosse d'abbesse dans le sol près de l'église. Plus tard, la tradition d'un pèlerinage pour les patients souffrant d'épilepsie se développe autour de l'église Saint-Jean. Le jour de la Saint-Jean (24 juin), une procession dansante a lieu, au cours de laquelle les épileptiques peuvent être libérés de leur maladie pendant un an s'ils franchissent un pont enjambant le ruisseau Molenbeek en direction de l'église sans que leurs pieds ne touchent le sol. Un tableau de Pieter Brueghel le Jeune, datant de 1592, illustre cette procession.

Molenbeek est annexée par Bruxelles au xiiie siècle. Par conséquent, le village agricole perd une grande partie de ses terres au profit de son plus puissant voisin. En outre, son église principale est démantelée en 1578 pendant une période de domination calviniste à Bruxelles, entraînant un nouveau déclin, bien qu'elle soit ensuite reconstruite au même endroit. Son caractère demeure essentiellement rural jusqu'au xviiie siècle.

Industrialisation



À la fin du xviiie siècle, la Révolution industrielle apporte la prospérité à Molenbeek à travers le commerce et l'industrie. En 1785, la commune retrouve son statut de commune indépendante. A cette époque, Molenbeek connaît une première vague d'urbanisation avec l'apparition de rues dans les quartiers à l'ouest immédiat de la Ville de Bruxelles, telles que la rue de la Borne, la rue de la Colonne, la rue Fin, et l’actuelle rue Brunfaut.

Durant le premier quart du xixe siècle, plusieurs centaines d'ouvriers sont employés dans les industries chimiques et textiles de Molenbeek5. Au total, il existe cinquante entreprises à Molenbeek en 1829. L’ouverture du premier canal entre Bruxelles et Charleroi en 1832 fait largement augmenter le trafic de charbon à Molenbeek, et donc la mécanisation de l'industrie, ce qui entraîne le développement de fonderies, d'entreprises d'ingénierie et de métallurgie dans la commune6.

La croissance démographique se poursuit tout au long du xixe siècle. Attirés par les opportunités industrielles, de nombreux travailleurs s'y installent, d'abord provenant des autres provinces belges (principalement des ruraux originaires de Flandre4) et de France, puis d'Europe du Sud, et plus récemment des pays d'Europe de l'Est et d'Afrique. Elle acquiert alors le surnom de « Petit Manchester » ou « Manchester belge »7 en référence à la ville du nord de l'Angleterre qui a mené l'histoire de l'industrialisation. En 1835, Molenbeek est le point de départ du premier train pour passagers sur le continent européen7. A la fin du xixe siècle, Bruxelles réintègre le territoire du canal au sein de son nouveau port, qui est ainsi perdu au profit de Molenbeek.

Canal Charleroi-Bruxelles


Le canal Charleroi-Bruxelles est un canal belge à grand gabarit de classe IV, accessible aux convois de 1 350 tonnes. Long de 47,9 km pour sa partie wallonne, il relie Bruxelles à Charleroi et s'inscrit dans un axe nord-sud reliant le port d'Anvers, via le canal maritime de Bruxelles à l'Escaut, d'une part à la vallée de la Sambre (Charleroi, Namur, Liège), et d'autre part à Mons et au nord de la France (Lille, Dunkerque) via le canal du Centre et l'ascenseur de Strépy-Thieu. Ce canal et son histoire ont été étudiés et décrits notamment par l'ingénieur André Sterling. L'ouvrage le plus remarquable est le Plan incliné de Ronquières.